Cela a beau faire des années que les pessimistes annoncent, les clous au coin de la bouche et le marteau à la main, la mort de la presse musicale papier et que d’autres prédisent à peu près le même destin funeste aux Webzines, comme quoi plus personne ne les lirait, je constate que même si l’audience diminue il y a encore et toujours des groupes ainsi que des labels qui nous sollicitent (« nous » au sens large, pas spécifiquement
Thrashocore) pour bénéficier d’articles, d’un poil de cul de visibilité numérique. Pourquoi ? Est-ce uniquement une question pragmatique de référencement naturel sur Internet ? Existe-t-il encore des auteurs frétillants que l’on solliciterait particulièrement, d’autres que l’on éviterait comme la peste ? Tiens, ici par exemple, j’ai souvent vu passer des requêtes de groupes de
black qui demandaient si
Sakrifiss ne pourrait pas dire un mot agréable… Lui seul, son expertise, pas celle du voisin de palier qui pue sûrement de la gueule et dont l’avis ne vaut pas tripette en la matière. En un autre lieu j’eus pour collègue un rédacteur qui écrivait (et écrit encore d’ailleurs) des chroniques fleuve, détaillant tout, se répétant souvent mais s’efforçant de traiter les choses en profondeur… Moi, en tant que lecteur / relecteur, ça me rendait totalement marteau mais les groupes, eux, sont généralement ravis de voir leur travail trouver un tel écho détaillé chez un plumiste. J’adore nombre d’articles de chez
Exitmusik aussi, il y a un style toujours mis au service du disque, pas le truc nombriliste du mec qui se regarde rédiger car ce qui a peut-être tué l’art de la critique (ladite « créative » illustrée par
Joris-Karl Huysmans dans son roman
Là-bas lorsqu’il décrit la Crucifixion du retable de Tauberbischofsheim), ce sont peut-être les journalistes eux-mêmes qui, à force d’en croquer ou de vouloir en croquer, ont pris le melon, pensant pouvoir faire des caprices… Je ne parle pas de ceux qui se disent qu’ils vont intégrer un journal, quel qu’il soit, pour bénéficier d’albums gratuits ou d’entrées aux concerts, ils disparaissent généralement aussi vite qu’ils sont venus lorsqu’ils se rendent compte qu’il y a une contrepartie à ces maigres avantages et qu’elle implique du travail. En effet, à un moment donné, il faut bien écrire quelque chose qui ne fasse pas trop torche-cul parce qu’une chronique reste un exercice de style littéraire et qu’à ce titre, à moins d’être totalement dénué d’égo, nous préférons orgueilleusement que nos textes soient appréciés du lectorat. Et si les albums restent généralement mieux écrits que leurs critiques, l’inverse n’est pas totalement dénué de réalité.
Une longue (et rare) introduction pour expliquer que
GOUR est ainsi sobrement venu à nous (« nous » au sens strict de
Thrashocore), par une demande directe, simplement armé de sa première démo intitulée
Tumultes. Vivre à Clermont-Ferrand, j’imagine que ce n’est pas tous les jours bien marrant. Je le connais de loin cet axe dit du vide Lyon (point de départ) – Roanne – Clermont – Limoges (point d’arrivée), tu as beau vanter les mérites de la vie au grand air, les montagnes ont leur limite de la même façon que lorsque j’ai quitté la côte basque, j’en avais plein le cul de la plage, je ne pouvais plus me le voir en peinture ce littoral tant vanté dans les éditos estivaux. Et me voilà aujourd’hui face à cette parution, seul brave contre sept compositions fagotées façon as de pique. Le son est cryptique au possible, c’est un début, les mecs se lancent à peine mais je devine que faire du
lo-fi n’était pas vraiment l’intention première… Enfin, ils ne débutent pas totalement non plus puisque l’intégralité du quatuor a précédemment évolué au sein de
Κενός, une formation
black metal ayant sorti l’album
inner Rituals en 2018. Des musiciens pas totalement débutants donc mais qui, en revanche, semblent se foutre royalement de ce que l’on pourra bien penser de leur nouveau projet. J’hésite cependant à n’en dire que du mal car on en a tous en tête des trucs dont les débuts furent discutables, finissant toutefois après quelques années au sommet de la chaîne alimentaire. Difficile de me prononcer donc concernant ces
Tumultes qui, là, me laissent en plein désarroi mais qui demain pourraient se révéler d’un potentiel riche.
En effet, le registre
black doom metal m’intéresse. Déjà parce qu’il est assez rare en nos contrées lorsqu’il tire ainsi sur le minimalisme, voire le misérabilisme, dénué de fâcheux éléments
post. Ensuite parce qu’en dépit de la production brouillonne qui bouffe trop les guitares un titre tel que « Mitochondries » développe des saveurs qui, mieux présentées, pourraient s’avérer étonnamment digestes. Néanmoins, si le groupe a pour ambition de faire jaillir la lave des volcans auvergnats, il faudra arrêter les titres rapides : « Pineal Regulation » m’arrache des larmes, je ne comprends pas où veut en venir cette composition et même en étant bon public, bonne poire diront certains, ce blast faisandé n’a pas la carrure nécessaire pour s’imposer dans un registre aussi énergique. Non,
GOUR devrait s’en tenir à la pesanteur minérale de ses basses saturées (« Libation »), un peu
blackened sludge sur la forme admettons mais résolument
doom dans l’esprit. La lenteur parce que les grands espaces, parce que l’ennui et la dépression, parce que « L’ascète » prend des aspects
EYEHATEGOD dans la lourdeur ou les vomissures vocales et que c’est clairement dans cette dimension sale que la bande marque des points, parce qu’il y a moyen d’apporter autre chose en termes de paysages sonores mais que j’apprécierais d’autant mieux l’effort si la production était davantage soignée.
Il existe une alternative musicale aux grandes métropoles la question ne se pose pas et si j’avais encore des doutes, ce sont bien les huit minutes du dernier titre qui m’incitent à croire que la bande dispose d’une carte à jouer mais il va falloir bosser, c’est là où la bascule se fera, la seule noirceur des âmes restant insuffisante pour percer.
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